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UT4M XTREM 2021

Publié le par Laulau

UT4M

ULTRA TRAIL DES 4 MASSIFS

172km et 11300m+

GRENOBLE

16 juillet 2021

 

 

Quelques temps après ma tentative UTMB avortée, Polo m’avait demandé :

‘’-alors, tu retentes l’an prochain ?

-Non, je retente pas. J’irai sur l’UT4M, c’est sur celui-ci que tout a commencé, c’est celui-là que je finirai en 1er ‘’

Cette réponse lui avait bien plu !

 

Grenoble, me revoici !

Pour ceux qui ont l’habitude et le courage de lire mes résumés de courses, vous vous souvenez peut-être que j’ai déjà eu maille à partir avec l’UT4M. Ça s’est pas terminé comme je l’aurais souhaité, mais c’est comme ça ! Il a gagné, d’ailleurs, au niveau du Satanic Running Team, à 3 reprises et chez nous, on a tendance à dire :

UT4M : 3

SRT : 0

Me voici donc pour la seconde fois en piste pour essayer de vaincre ce vilain karma, d’ajouter ce chiffre 1 derrière ces 3 lettres qui sont désormais mondialement connues !

L’UT4M est le tour de Grenoble par les massifs montagneux qui sont autour : le Vercors, le Taillefer, Belledonne et la Chartreuse (celle-là, tout le monde la connait, c’est là qu’est élaborée la célèbre liqueur éponyme).  Le parcours fait 172km et 11300m+, et la limite de temps pour finir la balade est de 51 heures.

Initialement, mon inscription à cette course était prévue pour 2020, mais un méchant ptit virus mondial l’a décalé en 2021.

Je pense pas que quelqu’un me pose la question de quel virus je parle ! Je pense que même sur Mars, sur la Lune ou dans la fosse des Mariannes, tout le monde a entendu parler de ce truc nommé Covid !

Je vais pas m’étendre sur le sujet, c’est pas le but de la manœuvre, vous en avez tous entendu parler et avez tous un avis à ce sujet.

Je dirais simplement que dans ce pays, il vaut mieux être fumeur que sportif, car les bureaux de tabac font partis des commerces essentiels, mais par contre, les pratiques sportives, elles, sont interdites ! 

Quelque part, heureusement que l’édition 2020 a été reportée, car difficile, voire impossible de se préparer à un tel périple en ne pouvant se déplacer que pendant 1 heure et à 1 km de chez soi pendant quasi 2 mois.

Sportivement, l’année 2020 avait pourtant pas trop mal démarré avec un vétathlon dans la Drôme, 10km de trail suivi de 20 en Vtt, ce fut dur et bien technique ! J’avais déjà fait, il y a quelques années, un truc comme ça, mais en duo, l’un courait et le second en Vtt. Là, je faisais la totale, et j’avais oublié qu’après avoir couru, il fallait monter sur le vélo, et comme j’ai envoyé comme un guignol en run, j’étais cuit sur le vélo ! Bourrin que je suis !

J’allais presque oublier ! 2 mois après mon aventure écourtée sur l’UTMB, je me suis inscrit sur la Chartreuse Backyard.

Je vois quelques regards interrogatifs… Qu’est ce que c’est que ce truc ?

Une Backyard, c’est un truc à la con (et c’est vrai !) : C’est une course pendant laquelle il faut parcourir 6,77 km en 1 heure. Facile me direz-vous… oui, c’est vrai, mais la course a un départ toutes les heures ! C’est-à-dire que le départ a lieu à 12h pour faire ces fameux 6,77 km, il y a un nouveau départ à 13h, puis un à 14h et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul concurrent qui sera déclaré vainqueur et seul finisher puisque tous les autres auront abandonné. Ce dernier coureur doit faire le dernier tour seul, après l’abandon de son dauphin.  A vous de gérer votre course comme vous le voulez… plus vous allez vite et vous aurez plus de temps de repos avant le prochain départ.

Je m’étais pas du tout entrainé pour ce format-là, j’y suis juste allé pour voir ce que c’était et pour représenter le SRT. Et surtout c’était la 1ère édition d’une Backyard en France et je voulais pas rater ça ! 

Et ben c’est vraiment pas facile ce truc ! Au début, je m’étais fixé comme objectif de faire 100km et si possible de faire 24h… ben j’ai arrêté au bout du 8ème tour, j’étais cuitos ! Nous étions environ 70 au départ, et le 1er a couru 41h, il a fait 275km ! 

 

Donc, après ce fameux vétathlon en février 2020, l’année sportive s’est terminée, au niveau des dossards en tout cas… et le 1er confinement est arrivé, et il a bien interrompu le bon début d’année. J’avais pourtant planifié d’autres courses, toutes ont été reprogrammées ou annulées, comme toutes les manifestations en France d’ailleurs.

A la fin de ce 1er confinement, le sport peut enfin reprendre ses droits, sans restriction aucune… mais c’est justement là que j’aurais dû me méfier et faire plus attention. J’ai repris avec la même intensité que 2 mois auparavant, et ben mon corps a pas trop apprécié. Une blessure en découlera et m’empêchera de courir pendant 4 mois. Heureusement, il reste le vélo !

On se fera un beau périple d’ailleurs avec Eva dans le Jura, le tour du Jura en vélo en 3 jours, sur des routes très peu fréquentées, et c’était simplement superbe. 3 belles étapes pour un total de 250km, avec de belles côtes, comme la célèbre montée des Rousses qui a vu une arrivée du tour de France en 2017.

UT4M XTREM 2021

Au départ, c’est le tour du Lubéron qui était au programme, mais on a changé de plan en se disant qu’il ferait sans doute trop chaud dans le sud de la France en juillet, donc on a opté pour le Jura. Il faisait chaud là-bas aussi ! Le Lubéron, on verra ça plus tard.

La fin de l’année 2020 arrive, je peux enfin reprendre le run, sans trop trop forcer pour pas se reblesser.

J’avais pour objectif de pouvoir me remettre correctement aux affaires en janvier. Je passe donc octobre et novembre en augmentant un peu la donne, et décembre encore un peu plus fort, et ça a l’air d’aller.

Je m’étais dit que je voulais faire sur les 3 1ers mois environ 200km et 8000 m+ par mois, puis augmenter sur les 3 mois suivants. Ce sera à peu près ça, sauf pour avril où le 3ème confinement va bloquer quelque peu mon dénivelé, car ici, à Estrablin, ça a beau être vallonné, c’est pas la montagne Iséroise non plus !

J’ai pas pu m’empêcher début janvier d’aller courir sur notre parcours habituel du Pilat surtout que c’était tout blanc et bien gelé… donc magnifique !

UT4M XTREM 2021
UT4M XTREM 2021

C’est tellement sympa et beau que j’irais me faire un ptit tour toutes les semaines !

Ce Covid aura une incidence importante sur mon entrainement : Pour ceux qui ne le savent pas, je travaille dans une société qui distribue de l’article de fête, et des fêtes, sur ce début 2021, c’est pas vraiment au programme ! Je travaille donc à mi-temps, ce qui me laisse mes après-midis de libre, et la possibilité de m’entrainer. C’est un mal pour un bien !

Les entrainements s’enchainent, un peu de partout dans le coin et je vais découvrir courant mars, le parcours de la course qui se nomme La Galoche à Pélussin. Les organisateurs ont eu la bonne et généreuse idée de baliser leur parcours pendant 1 mois, laissant la possibilité à ceux qui le désirent, de venir se tirer la bourre. Il y a un segment Strava qui a été crée sur la trace. J’y vais donc un samedi matin, pas pour le segment mais pour trouver une nouvelle trace, ça me permettra de varier si je trouve ce parcours sympa. Et il l’est, sympa ! Il fait 24 et 1100+, c’est varié, des montées bien raides, des chirats, une longue descente qui martyrise les quadris, assez exigent, c’est parfait, c’est ce que je recherche !

Je le ferai 3 fois sur mars, c’est vraiment que je l’ai bien aimé !

Un truc très très sympa aussi que l’on a fait en mars, et là, je crois que je risque d’en rendre certains jaloux :

UT4M XTREM 2021

Ça, c’est Porquerolles ! On a profité de quelques jours de vacances pour aller faire le trail qui fait le tour de l’ile. On l’avait déjà fait en mode course, mais là, on avait surtout envie de profiter de la beauté de l’ile, de faire des photos, de profiter et surtout, surtout, il y avait personne et ça, c’est un grand luxe que nous savons appréciés !

UT4M XTREM 2021

Quel pied de pouvoir pratiquer notre sport dans des spots aussi fantastiques que celui-là.

Avril, confinement, possibilité de faire du sport seulement dans un rayon de 10km de la maison… A part une sortie Marathon (45km en réalité) faite dans ce fameux rayon de 10km autour de la maison, rien de fou à vous raconter donc !

Ah si… on devait faire, avec les potes du SRT, le tour du Lubéron en vélo (je vous avais dit qu’on verrait ça plus tard), et donc on a pas pu. J’avais bien potassé le parcours, trouver les hébergements par rapport aux étapes que j’avais prévu… On remettra ça une autre année, c’est promis !

Je vais découvrir courant mai un parcours dans le massif des Bauges. C’est en voyant sur Strava (le Facebook du sportif) une trace de Jérôme que je me dis qu’elle serait pas mal à essayer !

Jérôme est un pote d’armée, qui vit en Savoie vers Montmélian. Inutile de préciser que pour faire des entrainements avec dénivelé, il habite dans une région adéquate. Je le contacte pour qu’il m’envoie sa trace, car son parcours fait 36km et 2400m+ et c’est parfait pour moi ça !

J’irai faire donc ça une 1ère fois, puis une seconde quelques semaines plus tard, c’est un parcours top, très dur avec des montées bien raides et bien longues… parfait ! C’est très beau aussi, avec un passage par le lac de la Thuile, et surtout un passage qui surplombe ce même lac, et la vue est fantastique avec Belledonne en face. Lui ayant bouclé l’histoire en 5h30, je me dis que je devrais mettre environ 7h… et c’est le temps que je mettrais les 2 fois.

En mai devait se tenir le Trail de Haute Provence, j’étais inscrit sur le 80 en mode prépa. Malheureusement, le trail est reporté en octobre, c’est donc une marche importante de ma prépa qu’il va falloir modifier. Je farfouille à droite à gauche pour trouver une course, rien, tout est annulé ou reporté. J’me dis qu’il va falloir que je me prépare ça en off. Mon idée première sera de faire la maxi-Race d’Annecy en off, qui fait 80km et 5000m+. Du costaud. Mais la logistique serait pas évidente à mettre en œuvre, il faut une voiture suiveuse, donc il faudrait que je bloque une personne en assistance, et j’ai pas envie de ça.

Comme j’ai toujours des idées quand je cours, voire des très bonnes idées, lors d’un run dans Chapulay, cette bonne idée émerge de mon cerveau (si si, j’en ai un pour ceux qui en doutent) :

La Galoche… je vais faire la Galoche 3 fois ! Ce qui ferait un total de 72km pour un dénivelé de 3300m+ : idéal.  Logistique : rien de particulier, je repasserai par ma voiture tous les tours, donc je pourrai manger et boire, et il y a aussi 2 points d’eau sur le parcours, non, vraiment, c’est idéal comme off pour remplacer le THP (Hte Provence). Un autre point qui, lui, pourrait vous paraître débile : faire 3 fois le même tour ! C’est rébarbatif, dur mentalement et pas évident de repartir après s’être arrêté à la voiture par 2 fois, ça peut donner envie de rentrer à la maison ! Certes je vous répondrai… mais je dirai surtout que ça fait le mental ! Certains me disent que je pourrais m’arrêter à 2 tours si j’ai un coup de moins bien, mais le but serait bien évidement de faire la Fun Run !

C’est donc décidé, je pars là-dessus. J’informe les copains du SRT, si certains veulent venir faire 1, 2 ou même 3 tours, pourquoi pas.

Eva, Ingrid et Christophe seront de la balade sur la 3ème boucle.

Me voici donc sur la 1ère boucle pour cette journée, il est 7h du mat et j’ai estimé mon périple entre 11 et 12h. Cette 1ère boucle se passe bien, rien à signaler, si ce n’est que je rencontre un chevreuil sur le parcours. Ceux qui ont l’habitude de courir avec moi vous le diront… j’adore observer la faune, et je suis assez doué pour repérer les bestioles. J’ai aussi pour habitude de parler à ces animaux, que ce soit marmottes, chevreuils, chamois ou autres bouquetins.

Je finis ce tour, j’arrive à la voiture, un ptit ravito, je fais le plein en eau, et c’est reparti. Ben là… panne moteur ! Plus de jambes ! Punaise qu’est ce qui se passe ? C’est pas top, va falloir que ça revienne parce qu’on est pas au bout du truc là !

Je passerai les 10 1ers km de ce second tour dans le dur ! Et puis la forme revient ! La suite se passe, sans encombre, je me sens vraiment mieux !

J’arrive pour la seconde fois à la voiture, j’ai fait 48km et 2200+ et mes compagnons pour le dernier tour sont là, ils viennent d’arriver. Pour info, même si j’avais été seul, je serais reparti, je me sens bien et motivé pour continuer. Ils sont même surpris de me trouver autant en forme ! Re Ravito, re remplissage de l’eau, Ingrid nous rappelle qu’elle a sur elle une pince à tique. Je lui dis que moi, je crains rien, car j’en chope jamais ! Et…Elle voit sur ma jambe un point noir, puis un second… c’est des tiques ! Un 3ème… elle m’en trouve 6 !!! Heureusement qu’elle a sa pince, on pourra enlever ces saloperies qui sont déjà bien attachées à moi !

Une fois fini, on repart sur cette 3ème et dernière boucle. Forcément, je vais pas très vite, surtout que je me suis mis dans mon mode ultra depuis le début, je gère pour durer. Ce tour aussi se passe bien… je me sentirai bien tout du long. On termine et je finis cette journée en 11h30, 72km et 3300m+. On retrouvera sur moi encore 3 tiques à l’issu du dernier tour, et uniquement sur moi ! Les autres n’en ont pas, y a que moi, alors que je disais que j’en chopais jamais !

 

Le mardi d’avant, Karl m’a proposé de courir, et on est finalement venu à Pélussin pour faire ce parcours de Galoche ! J’ai donc fait 4 fois cette boucle dans la même semaine. Mais ça m’a pas posé de problème, ce parcours est vraiment sympa, varié, de jolis singles techniques, et on voit les 3 Dents ainsi que le Crêt de l’Oeuillon d’un point de vue différent de ce que j’ai l’habitude. Et pis, ça fait l’mental !

Comme objectif d’entrainement, je m’étais dit que je voulais finir 1er du classement SRT Strava chaque semaine de février à juin. Je m’étais dit ça pour me motiver, me pousser à m’bouger le rognon en cas de coup de moins bien, et je savais que ça allait me préparer correctement et à faire du volume. Et je finirai 1er chaque semaine, sauf 2… Celle-ci, après ma Galoche Fun Run, et une en avril pendant le confinement.  

Semaine de repos derrière, même si je me sens bien, je sais que le repos fait partie de l’entrainement. Surtout que l’on a un week-end chargé, on doit le passer chez Phil et Sylvie, au pied de la Chartreuse. Au programme, un ptit 36 avec 2300 en run le samedi et 65 et 1300 en vélo le dimanche. Je suis pas vraiment inquiet pour le run, plus pour le vélo, car je suis assez quiche sur un vélo, surtout en montée, et je sais que ceux qui seront avec moi, c’est pas le cas.

On fera un truc superbe en run, et, après une belle montée bien bien raide… :

UT4M XTREM 2021

On surplombe le lac d’Aiguebellette ! Un écrin turquoise au milieu des montagnes, c’est magnifique !

Un run bien cool, on finira cuit car la chaleur sera éprouvante sur la fin du parcours.

Le lendemain, je me sens fébrile, je sens que ça va pas être ma journée… j’aime bien le vélo, mais seul ou juste avec Eva. Je sais que je suis nul en côte et j’ai horreur de faire attendre les autres, ça me stresse.

Nous voici donc parti, et on est rapidement sur une côte, et je suis rapidement à la rue ! Comme prévu ! Bon, ben ça va se faire au mental tout ça. Je suis constamment 300m derrière tous les autres, ils roulent en groupe et ils n’ont pas l’air de forcer. Moi, je lutte contre moi-même, j’ai juste envie de faire demi-tour et de rentrer tranquillement à la maison pour regarder Dimanche Martin.

Mais non, je continue. Ils m’attendent à une bifurcation, il y a un col…Je demande où on va et je m’arrête pas, c’est pas la peine, ils vont me rattraper et me doubler d’ici peu de temps. Et ce sera le cas. Je retrouve ma place de nullos à l’arrière du groupe, et je grimpe à mon rythme. Col pas très long de 5km, mais ça suffira pour celui-là. En haut, ptite barre pour reprendre un peu du jus, et on attaque la descente… Là, je suis bon ! Je sais que les descentes, c’est pour moi ! J’ai un bon sens des trajectoires, sans doute l’habitude en moto et en ski, et ça passe crème, je suis dans le groupe de tête. Mais… après, la descente… y a une montée ! Evidement, je vous rappelle qu’on est parti pour faire 1300m de dénivelé, donc il y a forcément des ptits cols à passer ! Le 1er était le col des Egaux, et celui qui se dresse devant nous est le col de la Cluze, altitude à 1169m. Celui-là sera plus long que le 1er, je serai bien évidement rapidement à la rue et dernier du groupe, je me ferai même doubler par d’autres cyclistes. A la moitié de la montée, Eva m’attend, je lui fais signe que tout va bien (enfin pas trop mal) et elle repart. J’arriverai à la voir (de loin) ce qui m’aidera un peu. Je vois plus les autres depuis un bon moment. Arrivé au col, on se pose et pause sandwich. Une belle et longue descente par la suite et étrangement, je vais mieux. La fin de la journée sera même bien mieux pour moi, car j’arrive à m’accrocher au groupe, on se tire même la bourre sur une partie en faut-plat montant, et je m’en sors même pas trop mal. Je finirai même la dernière montée super bien en relançant sans arrêt. Comme quoi, c’est dans la tête.

Fin d’un mois de mai que je savais qu’il serait assez gros, un total de 17600m de dénivelé pour 570km, donc 262 de trail. 68h de sport sur le mois.

Juin : C’était aussi un gros mois de la prépa. Je viendrai me balader à plusieurs reprises en Chartreuse, à St Pierre de Chartreuse. Il y a ici de quoi faire de gros blocs de D+, des bons gros coups de cul qui font mal aux pattes, mais je sais qu’il faut en passer par là.

L’UT4M est, pour info, beaucoup plus difficile que l’UTMB. Les chemins sont beaucoup plus techniques, moins roulants. Les dénivelés sont beaucoup plus raides, et les montées plus longues… Bref, c’est plus dur ! Donc il me faut faire des trucs un poil dur pour essayer d’être au point le jour J.

Les sorties en Chartreuse sont assez courtes, une fait 20km pour 2000m+, et je peux vous assurer, que 2000 sur 20 bornes, ça pique bien les mollets.

Je terminerai ce mois de juin avec 300km de run, et un dénivelé de 15500m.

La course se rapproche, je m’étais dit que je me mettrais au repos total avant pendant 10 ou 15 jours. Ça peut surprendre, certains le font, d’autres non. Je préfère me reposer, car je me sens super fatigué sur cette fin de prépa, physiquement et mentalement, car je commence à en avoir marre de m’entrainer pour m’entrainer, et surtout de le faire seul. Heureusement que j’ai fait mes grosses sorties dans des endroits superbes, ça aide !

La dernière grosse sera une sortie dans le Pilat, au départ de Pélussin. Je connaissais bien le début et la fin, mais pas le reste. J’avais trouvé cette sortie sur Openrunner, un site où l’on peut télécharger les traces d’autres personnes et on peut les mettre dans la montre et on fait le parcours avec le Gps. J’ai (mal) vu que cette sortie faisait 36km et 2500.

J’avais prévu un départ le matin, mais au réveil, mal au ventre. Voilà 4 jours, depuis ma 2ème dose de vaccin Covid, que j’ai mal au ventre. Je décide donc, en attendant que ça aille mieux, de repousser un peu mon départ. Je pars donc en fin de matinée, pas motivé, toujours mal au ventre, sur un parcours que je connais pas trop, et dont je ne sais pas si je pourrai couper si ça va pas. Je me dis que je fais le faire en marchant énormément, et si je vais vraiment pas bien, je finirai en rampant.

Les 1ers kils se passent pas top. J’arrive pas à courir, le mal de ventre est vraiment très présent et délicat à gérer. J’essaie de manger un peu, mais ça va vraiment pas top. Je quitte les chemins que je connais pour rentrer dans la partie que je connais pas. Je trotte, je marche beaucoup, je suis dans mon mode ultra. Point positif, je fais travailler le mental, car je sais aussi que le jour J, je vais pas aller très vite et il faut que je m’habitue à ça aussi.

Après avoir fait une grande montée, je fais une longue longue, très longue descente très technique. Et là, j’me dis que forcément, ça va se redresser à un moment. Et c’est le cas, je me retrouve au pied d’un chemin qui emmène à la cascade du Gier.

Ça va un peu mieux au niveau du ventre, mais c’est loin d’être top. J’ai réussi à manger un ptit bout de mon sandwich, je mangerai la suite plus tard. J’ai essayé les barres de céréales, mais ça veut pas faire !

La montée est bien raide, mais c’est sympa une fois en haut, la cascade est vraiment sympa. Je jardine un poil pour trouver la suite du chemin que l’on voit à peine, et la suite de la côte est bien raidos elle-aussi ! Elle m’emmènera jusqu’à la Jasserie, ensuite le Crêt de la Perdrix pour faire le retour par tous les Crêts jusqu’à l’Oeuillon.

C’est là que je me rends compte que je suis déjà à 36km ! Je me dis que je vais forcément en faire plus que ce qui était annoncé. C’est pas très grave, peu importe la distance.

Je passe l’antenne de l’Oeillon en direction des 3 Dents, chemin que je connais par cœur, mais habituellement, je le passe en montant, et non pas dans la descente.

Et dans cette descente assez technique, je vais pas très vite, d’une, je vais pas top, et de 2, j’ai surtout pas envie de me blesser à quelques enjambées de la course. Et là, un truc assez extraordinaire m’arrive :

Je tombe nez à nez avec un renard ! J’ai déjà vu des renards, c’est hyper sauvage et hyper méfiant comme bestiole. Mais celui-là, non ! Il est à 10m de moi, il ne bouge pas et me regarde. On reste comme ça pendant une trentaine de secondes. Dire qu’en haut, je venais de ranger mon téléphone dans mon sac, je l’ai plus à porter de main, donc je peux pas le prendre en photo. Il se décide à bouger, je lui parle doucement, je l’appelle, il s’arrête à nouveau, me re regarde. Et il repart tranquillement, pas inquiet. Une des rencontres animales qui va rester dans un coin de ma tête un bon moment.

Je reprends donc la suite de mon parcours, j’arrive vers les 3 Dents, et… Il y a quelques années, j’étais tombé à cet endroit précis sur une jeune fille en robe de mariée qui faisait des photos, et j’y repense à chaque fois que j’y repasse… Et là, c’est pas sur une jeune mariée que je tombe, mais sur une jeune fille entièrement nue, debout, devant moi, en face à face, les bras écartés au-dessus de la tête, et les yeux fermés ! Punaise une hallucination ! Ça arrive, les hallucinations sur les ultras, j’en ai jamais eu, mais ça arrive.
Mais ce n’est pas le cas cette fois. Ce n’est pas une hallucination… c’est bien une jeune fille nue qui est devant moi !

Je m’arrête, plus que surpris vous vous en doutez, et pendant 2 secondes, je sais pas si je dois continuer mon chemin. Et c’est là que j’entends parler sur ma gauche, en haut d’un rocher. Une voix d’homme lui dit que c’est bon. C’est son photographe et la belle est en pleine séance photo. Je me dis que si elle fait des photos nue au milieu du Pilat, elle sera pas dérangée si un traileur passe pas trop loin et continue son chemin. Donc je repars, elle m’a vu et couvre rapidement sa nudité avec une parka. Je lui dis bonjour, elle me répond, mais je vois qu’elle est très gênée.

En peu de km, j’aurai vu et vécu 2 moments vraiment pas banals.

La suite de mon tour sera que de la descente, et je ne verrai plus rien de fou… j’arrive à la voiture avec un total de 40km. Je verrai par la suite que j’avais mal vu, que ce parcours ne faisait pas 36 mais 39km ! le mal de ventre aura été présent tout du long, mais j’ai pu aller au bout de ma sortie, certes lentement, mais j’ai pas fini en rampant.

Je me ferai quand même un dernier Pilat au départ de Vérannes 4 jours plus tard pour ma dernière semaine de prépa… sans motivation mais c’est pas grave.

La toute dernière sortie se fera avec David et Polo… ça fait une éternité qu’on a pas couru tous les 3… et ça fait du bien.

La prépa UT4M est terminée ! Sur les 6 mois de cette année 2021, j’aurais fait 310h de sport, 1580km de run pour un dénivelé de 68000m. Pour comparaison, en 2019, année de mon UTMB avorté, j’ai fait sur l’année complète 1500km. J’ai fait autant sur ces 6 mois que sur l’année 2019. Le chômage partiel m’aura, au moins, laissé le temps de préparer au mieux cet ultra. Comme je l’ai dit, c’était l’année pour moi pour préparer un ultra.

Le départ de la course à lieu le vendredi 16 juillet, j’irai la veille à Grenoble chercher mon dossard. J’ai pas envie d’y aller le vendredi matin, et d’être dans le speed pour préparer mon barda, mon sac de course et mes sacs de délestage.

Je ferai donc l’aller-retour le jeudi aprèm pour être plus serein, sur place, pas de contrôle du matos obligatoire, pas de file d’attente, je récupère dossard et sacs de délestage en moins de 10mn.

De retour à la maison, c’est prépa du sac à dos et des sacs d’allègements. Il y en a 3, 1 pour Vif, 1 pour Rioupéroux (mi-course), et 1 pour St Nazaire Les Eymes. Je mettrai pas grand-chose dans les 1 et 3, juste un T-shirt de change, 1 paire de chaussettes et des barres Baouw. Dans celui du milieu, je le charge un peu plus, car j’aurai passé une nuit et j’irai vers ma seconde, donc je rajoute en plus des 2 autres, une batterie de frontale, ma veste Goretex fine (j’ai décidé de partir avec la plus résistante vu les conditions météo annoncées la 1ère nuit).

UT4M XTREM 2021

C’est le dernier soir avant la tempête, le combat, la bataille … bref, demain, c’est jour de course. Je sens un peu plus la pression qui monte, mais globalement, ça va. Sur tous mes autres Ultras, j’étais méga stressé, je ne dormais très mal la quinzaine précédente, et cette année, ça va. Je suis zen ! Je passe de très bonnes nuits, je pense beaucoup à la course (forcément) mais pas tout le temps. J’ai fait ma pose de Post-It dans les pièces de la maison. Je le fais habituellement pour y penser à chaque moment, les km, le D+, les massifs, le temps limite, etc. Mais, cette fois, j’enlèverai tous ces rappels 2 semaines avant la course. Eva m’a même demandé pourquoi je les avais tous jetés… Simplement parce que j’en ai plus besoin.

On me pose toujours la question avant une course :

‘’-Alors, t’es prêt ? ‘’

Les fois précédentes, je répondais que je savais pas. Que j’avais fait ce que je pouvais pour, mais je savais pas.

Cette fois, ma réponse était limpide… OUI, je suis prêt. Je me sens prêt pour la 1ère fois pour une telle course.

Attention, ça veut pas dire que je sais d’avance que je vais finir…  Non non, sur une course comme ça, aussi longue et exigeante, je sais très bien que la meilleure des prépas ne suffit pas, que tout peut arriver.

 

Vendredi 16/07 : on y est !

Départ d’Estrablin à 13h, van chargé de mes affaires de course et de la logistique que va assurer Eva. Elle a prévu de me suivre sur l’intégralité de la course, et sur 45h de prévue, je peux vous assurer que c’est un gros job pour elle aussi ! 

En direction de Grenoble, d’un coup, une lueur :

‘’-PUTAIN MERDE !!!! MES BATONS ! PUTAIN MAIS QUEL CON ! ‘’

J’ai oublié mes bâtons à la maison, on a fait 30mn de route, bref calcul, un aller-retour me coûte 1h, et j’arriverais donc sur place à 15h40, 20mn avant le départ, c’est trop tard, ça craint. Eva propose de venir les chercher après le départ et qu’elle me les donnera sur le parcours. Ouais, mais c’est pas top, car le début de la course, c’est 1700m de D+ d’entrée, et j’ai besoin de les avoir. Je gamberge, et je l’entends au tel qui dit :

‘’-T’es parti ? Ok, tu peux prendre tes bâtons ? Laurent a oublié les siens ? OK, super merci beaucoup ‘’

Elle vient d’appeler David, il voulait me faire la surprise de venir au départ, la surprise sera différente, car il va même passer à la maison pour me prendre mes bâtons, et non pas les siens, car il sait très bien que je serai mieux avec mon matériel.

Pfffffff, je souffle un peu, mais j’espère qu’il aura le temps d’arriver avant le départ.

On se pose dans le parc de Seyssins, lieu du départ, et de dépose des sacs de délestage.

UT4M XTREM 2021

Il fait soleil, chaud, quelques nuages s’accrochent au Vercors, en face de moi la Bastille. Quand j’en serai là dimanche (si j’y arrive), je serai méga heureux !

J’essaie de dormir, ça marche pas. Je discuterai 3mn avec Casquette Verte. C’est le surnom d’un traileur qui commence à être connu, il a gagné la semaine dernière sur l’Ultr’Ain, un ultra de 188km. Je le félicite pour sa victoire, il me dit être fatigué, il s’est fixé aucun objectif sur cette course, et verra au fur et à mesure ce que ça va donner. Le mec, il a fait un 188 le week-end précédent, là, il vient sur 172 ! Impressionnant !

Pour info, il finira ici, à Grenoble, à la 3ème position !

Encore plus fort chez les Filles, car Claire Bannwarth finira ici 2ème après avoir gagné la semaine précédente dans l’Ain elle aussi !

L’heure approche, David est là, il m’a donné mes bâtons et m’enlève une grosse épine du pied ! Je me dirige vers le sas de départ via le contrôle des sacs. Un gros gros bisou à ma chérie, je la remercie d’être là car j’ai bien conscience de la chance que j’ai et que je vais avoir besoin de son soutien.

Contrôle des sacs… et ben on me contrôle même pas, je passe au milieu et on me laisse passer sans vérifier si j’ai bien le matos obligatoire. Evidemment, je l’ai ! Je vais pas m’engager sur une épreuve en montagne qui va durer 2 jours et 2 nuits sans avoir le matos, c’est même pas de l’inconscience pour moi, mais de la connerie pure et dure !

Sas de départ, un ptit coup d’ACDC en guise de musique de départ, c’est bon signe ça, c’est nos musiques du SRT !

Et GOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOooooo c’est parti pour une belle aventure !

Vous avez vu ? Je ne parle pas de larmes, de pensées ou autres ? Non, dans ce sas de départ, je suis pas trop stressé. Je me poserai bien la question habituelle du Kesquejfouslà mais voilà, je suis content d’être sur cette ligne, de partir faire cette balade autour de Grenoble, et de tenter de réussir enfin ce défi que je me fixe depuis 2015.

Je vois Eva et David sur la 1ère montée, un coucou et je continue, je vais les retrouver au ravito de Lans en Vercors, après avoir passé la 1ère bosse.

Et là, se produit le second drame de mon périple… Juste après les avoir laissés au tremplin de Saint Nizier de Moucherotte, on attaque une descente courte, technique et … super grasse ! Et là… bim Laulau, le cul dans la boue, tout le côté droit aura eu droit à sa séance de thalasso ! Punaise ça commence bien ! Pas de bobo, je me relève, et je repars et re bim !!! A nouveau les miches au frais ! Je viens de tomber 2 fois en 5m ! Là, je me dis que les conditions vont vraiment être difficiles et que les sentiers vont être gorgés d’eau et de boue.

Je savais que ça allait être compliqué depuis la veille, car lors du briefing (en vidéo), on apprend que la descente du Vercors sur St Paul de Varces a été modifiée car trop dangereuse et le parcours de repli a été activé, il rajoute 10km qui nous seront enlevés plus tard, mais on sait pas quand ! Les Barrières horaires ont, donc, été modifiées elles-aussi. Je m’étais préparé une ‘’feuille de route’’ avec ces fameuses barrières, elle ne me servira à rien de ce côté-là !

UT4M XTREM 2021

Juste avant de passer la 1ère côte, je me couvre car je sais que là-haut, ça va cailler sa mère ! Les nuages sont toujours accrochés au sommet, la bruine commence à se faire sentir et le froid commence à arriver.

Sommet passé, direction Lans où m’attend mon assistance. Je la retrouverai frigorifiée, j’ai pris la pluie dans la descente et ici, il y a un du vent, et il fait froid. Je vais pas m’attarder, je rempli les flasques, je mange vite fait, et je repars. J’ai fait 20km et 1800m+ en 3h30.

Ensuite, on va au Pic St Michel, qui culmine à 1966m, la pluie continue et le vent aussi, ça va être drôle la montée. Il fait froid ! Moi, qui n’aime pas la chaleur et j’avais très peur de ça, là, c’est pas le cas, c’est même l’inverse !

Je passe le pic sans m’attarder, inutile de voir si la vue sur Grenoble est belle, on est dans la brume et il fait froid.

Descente en direction de St Paul de Varces, où je dois retrouver Eva. Le début est sympa, ptit single top, on rentre dans la forêt, et là, tout le monde s’arrête, on sort les frontale, car on voit plus rien. Une fois les lampes allumées, on voit l’ampleur des dégâts et on se demande comment on va faire. Le sentier est un sentier de boue, une belle couche de 20cm, et en descente, ça risque d’être fun. Heureusement que j’ai les bâtons car sinon c’était mort. Ça se passe finalement sans dégât, quelques glissades, 2-3 triples Axel, et on rejoint le parcours de repli qui nous mènera jusqu’à St Paul. Parcours moche, route longue, et j’aime pas.

J’arrive à St Paul avec 40km, alors que j’aurais dû en avoir 30. Je retrouve Eva et ça me fait du bien. J’ai pris un coup au moral dans la descente, et de la voir me fait grand bien.  J’ai ressenti un peu un genou dans la descente et j’aime pas ça, je pense que je vais passer en mode rando pour la suite sinon j’irai pas au bout. Je mange, bois, rempli mon bazar et je repars. Je retrouverai Eva au lac de Laffrey, sur la route Napoléon, et je serai passé auparavant à Vif à la 1ère base de vie.

Ça se passe sans encombre jusqu’à Vif, je m’arrête un ptit moment à la base de vie, et je repars dans le Taillefer. J’en ai fait 1 sur 4, je viens de finir le 1er massif. Temps de course : 9h09.

Je me souviens qu’en 2015, j’avais pas aimé la montée qui va à Laffrey, et ben cette année non plus, j’ai pas aimé. Il fait froid, humide, il y a du brouillard et je prends mal au ventre… comme en 2015 où j’avais été pris de nausée ici même. Je progresse quand même, descente sur Laffrey, je prends sommeil et je commence à avoir les yeux qui tombent. Oui, mais hors de question de dormir ici et de s’arrêter, ce serait une connerie, il fait trop froid et trop humide. IL va falloir que ça passe. Je discute un peu avec ceux qui sont avec moi et ça aide. Je rejoins Eva à Laffrey à 4h52 le samedi, elle a dormi un peu, je fais comme d’hab au ravito, je m’arrête peu, et je repars. On repart à 2 je serais tenté de dire car je repars en même temps qu’un autre gars. On va rester un bon moment ensemble, et ça va faire du bien. On discute de tout, de rien, de trail évidement, mais pas que. Conversation que l’on a en course avec des mecs qu’on a jamais vu, et qu’on reverra probablement jamais, J’ai vu après sur son dossard qu’il s’appelle Eddy, il a un ptit de 2 mois et il est du Bessat dans le Pilat. Vous voyez, on parle pas que de course à pied. On va en direction de La Morte (ce nom fait rêver non ?), c’est à la station de l’Alpe du Grand Serre. La montée se passe, je me sens pas trop mal. J’ai plus envie de dormir, c’est passé. Je sais que ça reviendra à un moment mais tant que ça va, j’avance.

J’arrive à La Morte seul, je vais au ravito avec Eva qui m’attend dans la descente. Il est 8h du matin et je suis à 16h de course. J’ai fait 72km et 4400m+.

Eva me fait part des messages de soutien qu’elle reçoit, moi, j’ai mis mon tel en avion 30mn avant le départ et je le touche plus, je reste dans ma bulle, concentré sur ma course et ni je regarde les messages ni ne réponds. Donc ne m’en voulez pas, vous qui m’avez écrit, je vous ai répondu bien plus tard, mais j’ai une excuse.

Elle reçoit énormément de soutien, du SRT évidement, et c’est toujours une surprise pour moi de voir le suivi de vous tous après la course, de voir que mes ptites aventures intéressent autant de monde. Ce CR est toujours très demandé après une course, j’espère que ça vous plait.

Eddy est arrivé peu de temps après moi, j’ai presque fini, je vois que lui aussi, je lui demande où il en est, il me dit qu’il est ok et on repart ensemble.

Au départ du ravito, on nous dit qu’on va au Pas de la Vache, on a 1000 à prendre sur 5km ! Punaise, je l’avais pas vu celle-ci ! On a un kilo vertical (un kv comme on dit dans notre jargon) à faire !

Le Taillefer est le massif qui a le plus de dénivelé, ici, on va faire 3420m.

On commence cette longue montée dans la brume, c’est pas très fun, mais ça va toujours pour moi. C’est dans cette montée il y a 6 ans que j’avais pris très mal au genou. C’était là que ça avait commencé à foirer. La montée est raide, et enfin… on sort de la brume :

UT4M XTREM 2021

Une vue de ouf ! On arrive au-dessus de la mer de nuages, on a un panorama à 360°, on a derrière nous la station de l’Alpe du Grand Serre que l’on a quitté il y a un ptit moment, et en face de nous, on voit Belledonne, c’est loinnnnnnnnnnnnnnnnn et c’est là qu’on va. En arrivant au sommet, je dis aux 3 bénévoles qui sont là :

‘’-Alors vous, depuis le début, de tous les bénévoles qu’on a vus, c’est ben vous qui avez le plus de chance ! ‘’

Ils éclatent de rire, et me disent qu’ils sont pas mal effectivement mais que quand ils sont arrivés hier soir (et ben oui, les 1ers sont passés il y a longtemps), c’était moins drôle et ils se sont fait saucer une bonne partie de la nuit.

Je profite un peu de la vue, on délire avec ceux qui sont là, et je repars. Je me dis que si je dois dormir un peu, c’est forcément là, mais j’ai pas sommeil et je me sens bien, donc je continue ma route par la descente qui mène au lac du Poursollet.

C’est dans cette descente que j’avais décidé d’abandonner la fois d’avant, de grosses douleurs dans un genou et je pouvais plus avancer.

Là, ça va. J’ai toujours le genou un peu en vrac mais je gère et je peux descendre un peu plus vite.

J’arrive en bas, Eva m’attend sur la route qui mène au lac du Poursollet. C’est à cet endroit-même où m’attendait la voiture qui m’avait emmené pour que je puisse abandonner, cette fois, je ferai le trajet en courant, Eva est même stupéfaite que j’arrive encore à courir comme ça. On arrive au ravito, Je traine pas trop et je repars.

Je suis ici à mi-course avec les 10km du Vercors supplémentaires. Environ 84km pour 6100m+. 19h40 de course. Je rentre maintenant dans la partie du parcours que je ne connais pas.

Direction les Chalets de la Barrière, on m’a indiqué au départ du lac que j’avais 6km pour les chalets et 11 en tout pour Rioupéroux.

Mais que nenni ! c’est pas 6 jusqu’aux chalets mais 11, puis encore 5 ensuite. On a eu pas mal de fausses infos sur le parcours, de contradictions, on entend tout et son contraire et c’est pas évident de savoir vraiment ce qu’il en est. Je sais, vous allez me dire :

‘’-Quand t’es parti pour faire 172km, peu importe que tu aies 6 ou 12 km de tel point à tel point.’’ Oui, mais non. En fait, j’avance de ravito en ravito, étape par étape, donc c’est important. Ça empêche pas que je continue ma progression.

Dans mes sorties longues d’entrainement, j’en ai eu des trucs comme ça. Lors de ma dernière sortie à St Pierre de Chartreuse, j’avais repéré un chemin sur les cartes qui part en dessous du Petit Som pour rejoindre la Correrie, mais je savais pas précisément d’où il démarrait. Une fois sur place, j’ai trouvé un chemin à peu près au bon endroit et qui allait plus ou moins dans la bonne direction. Je l’ai pris en me disant je verrais bien où il mène. Au fur et à mesure que je progressais, je me disais que, de toute façon, c’est pas très grave. J’étais venu pour faire du long, alors même si je faisais 10 de plus, c’est pas grave. Et il m’avait bien emmené au bon endroit… On a le sens de l’orientation ou on l’a pas !

Après la montée, j’arrive sur un ‘’plateau’’, c’est pas très plat, alternance de courtes montées et courtes descentes, et c’est méga humide ! Le sentier est un ruisseau, j’ai réussi jusqu’à présent à garder les pieds plus ou moins secs, là, ça va être compliqué. Je croise à ce moment-là Jérémy et Souadia, membres de PontéTrail. Ils sont venus voir un de leur pote qui est sur la course, légèrement devant moi, et une fois qu’ils l’ont laissé, ils sont venus à ma rencontre. Jérem connait parfaitement Belledonne, il avait repéré où j’étais et savait qu’il allait me trouver. Ils font un bout de chemin avec moi, on discute, je me déconcentre un peu, et bim… Laulau, le cul dans le ruisseau ! Merdeeee ! Je suis trempé ! J’ai bien un autre short, Eva l’a avec elle dans la voiture, mais j’y suis pas encore ! Bon, on verra bien d’ici là.

On arrive aux Chalets, point d’eau avant une gros méga descente sur Rioupéroux. Sur cette descente, c’est 1300m négatif sur 5km, c’est énorme. Une grosse pente, bien raide, bien boueuse. Ça va pas être une partie de rigolade.

Je vais mettre 1h35 pour faire ces 5km. Je gère mes genoux dans cette descente que je pense être très traumatisante articulairement.

Arrivé à Rioupéroux, une grosse pensée pour mon Steph, mon binôme, pour ceux qui lisent mes CR, c’est avec lui que j’ai fait la plupart de mes Ultras. Il devait en avoir marre de me supporter et s’est exilé au Québec. Il avait arrêté ici en 2015. Je penserai bien à toi, Steph, en passant là, et surtout quand je vais repartir.

Je ne vois pas Eva de suite en arrivant, mais… Je vois Carole et Hervé ! Eva est cachée derrière eux ! Des amis sont venus me voir sur la course ! Sympa ça ! On discute en montant au ravito.

Je vais chercher mon sac de délestage, remplir les flasques, je prends un bol de pâtes (mon 1er repas chaud depuis le départ), et je les rejoints pour me ravitailler et me préparer pour la suite. Tout en discutant avec eux, je reste concentré, j’essaie de ne pas perdre de temps, je mange une bouchée de pâtes et prépare mon sac pour la suite. Eva change ma batterie de frontale, remet des barres dans mon sac, j’enlève le gros Goretex pour le remplacer par la membrane plus fine et moins lourde, il ne devrait plus pleuvoir. Je change aussi de chaussettes qui sont complètement trempées. Je suis à 23h15 de course, il est 15h. Je n’ai toujours pas dormi depuis la veille. Ça va toujours, mais ça commence à piquer. La montée en direction de Chamrousse risque d’être pas facile avec la fatigue. Je verrai, si je suis fatigué, je m’arrêterai sur le chemin pour dormir.

Je les remercie d’être venus me voir, et go, c’est parti pour le 3ème massif ! Belledonne ! J’ai fait 97km et 6600m+ pour l’instant.

C’est de la pierre, de la roche, Belledonne. Un massif très minéral ! Et beau aussi, je sais que, une fois que j’aurai passé la croix de Belledonne, je vais passer dans le territoire des lacs, et là, ça risque d’être superbe. Mais avant, y a 1700m+ à prendre, dont le fameux kilomètre vertical de Rioupéroux, qui est réputé pour être dur. Il fait figure d’épouvantail dans la course.

Ça attaque dré dans l’pentu ! Une pente impressionnante, bien raide, constante. Elle laisse aucun répit, à aucun moment il y a possibilité de relance. J’essaie de rester constant, de ne pas la laisser prendre le dessus sur moi. Il y a des panneaux qui indiquent tous les 100m de dénivelé que l’on a passé. Je prends ça par étape.

Je prends un gros coup de fatigue, mes yeux piquent, je décide de trouver un coin plus ou moins plat et de me poser. Je trouve une petite ‘’plateforme’’ qui doit faire 1.20m de plat, ce sera parfait. Je quitte mon sac, m’en sers d’oreiller, je programme la minuterie du tel sur 6mn, et je ferme les yeux, et je me laisse aller. Quand je rouvre les yeux, je regarde le tel, il reste 20 secondes ! Top ! j’ai dû dormir 5mn, je me relève, remets le sac et c’est reparti !

Et croyez-moi si vous voulez, mais je suis mieux, je monte plus vite, j’ai repris un peu la patate.

Je sais, ça peut paraitre hallucinant de dormir comme ça, par terre, dans un chemin, au milieu des feuilles mortes, pendant 5mn. Pour moi, c’est hyper réparateur, mais il faut savoir le faire, il faut savoir s’endormir rapidement, et savoir comment son corps va réagir au réveil après une sieste éclair comme ça. Beaucoup ne le font pas car ils ne savent pas le faire. Je prends ça comme un gros avantage.

Je continue ma progression, passe le panneau des 500m déjà gravi, moitié de fait. C’est toujours aussi vertical, raide. 800m, plus que 200…  900, je vois des militaires qui sont là. Ils sont là pour la course, font la sécurité en haut où il y a des passages délicats. Ça me rappelle mon année militaire avec Jérôme.

Ça y est, je vois le panneau ‘’KV Terminé’’ ! Punaise il est dur ! A St Pierre de Chartreuse, j’en fais souvent un, mais beaucoup plus facile.

J’ai mis 3h15 pour faire ces 1000m et 5km ! Enorme !

Arselle et son ravito, je m’arrête pas trop longtemps, Eva est là et elle repart avec moi en direction de la croix de Chamrousse. Elle me laisse quand la pente se redresse, on rentre une fois de plus dans le vif du sujet.

On passe au bord du lac Achard, c’est super beau, car après celui-là, il y en a un autre, puis un autre… C’est superbe. Technique mais superbe.

Je retrouve un Vendéen avec qui j’avais discuté sur la fin du Vercors, qui ne connaissait pas les Alpes et allait toujours dans les Pyrénées. Il me disait que là-bas, y a que de la pierre … Je lui avais répondu que quand il verrait Belledonne, ça allait bien lui rappeler les Pyrénées. Et c’est ce qu’il me dit !

Je suis à ce moment-là avec un Vendéen, un Nantais et un Angevin… et je dois admettre que je suis super content quand je l’aperçois … Je vois un bouquetin à environ 30m de nous. Ils ne l’ont pas vu, donc, je m’arrête, et sans rien dire, je tends mon bâton en sa direction pour que mes compagnons le voient… Ils sont stupéfaits !

‘’-Ohhhhhh trop bien ! Mais comment tu l’as vu ? C’est super cool, j’en ai jamais vu ! Il est super près en plus ! ‘’

Je suis super content de partager ça avec eux qui n’avaient jamais vu ce joli mammifère.

Là-haut, vers la croix, ça a pas l’air très sympathique ! De loin, c’est dans les nuages, et ils sont pas très accueillant.

Et effectivement, quand on arrive, il y a plus de rubalises, environ 1 tous les 10m et heureusement, car il y a beaucoup de brume, beaucoup de vent et il fait froid. On est ici à 2253m d’altitude. Un bénévole est là, et nous emmène vers la cabane où est le ravito, elle est à 20m et je ne la vois pas.

Le ravito est tout petit, y a beaucoup de monde là-dedans et c’est pas pratique. Je traine pas, je m’équipe pour la nuit et je repars très vite. J’ai déjà fait 108km, 8500m+ et je suis en course depuis plus de 28h.

J’attaque la descente et très rapidement, plus de brouillard et il fait chaud. Je quitte coupe-vent et bonnet, j’en aurai finalement pas besoin. Je passe à côté des lacs Robert, je suis en direction du refuge de la Pra. Je connais bien le coin, je suis venu ici avec Eva à 2 reprises pour bivouaquer auprès du lac David ou du lac Merlat. Ce coin est vraiment superbe.

Au refuge de la Pra, il y a juste un point d’eau. Le bénévole qui est là nous dit que l’on ne monte plus au col du Loup, et qu’on va directement au refuge du Pré du Mollard. Le parcours est à nouveau détourné, et il y a un rajout de 5km !

Il nous dit que l’on a environ 10km à faire, et que la barrière horaire au Pré du Mollard est à 2h du matin. Il est 22h50. Bref calcul rapide dans ma tête : j’ai donc un peu plus de 3h pour faire 10 bornes dans Belledonne… Putain, va pas falloir trainer si je veux pas me faire bloquer là-bas ! 3h pour 10km, normalement, c’est large, mais dans Belledonne après 110km de course… Faut pas trainer !

Là, je pars rapidos et je décide d’envoyer pour être sûr de ne pas me faire bloquer. J’essaie de trottiner dès que je peux, le relief ne s’y prête pas forcément, je saute les pierres, je dévale, bref, j’envoie comme je peux.

A un moment, on entre sur un chemin très étroit, en dévers et glissant, et une bénévole nous dit :

‘’- Attention les gars, vous allez rentrer sur 3km très très technique (euhhh c’était quoi avant alors ??), il va avoir un précipice sur votre gauche et c’est dangereux, il va falloir être vigilant et éviter de courir !’’

Le gars qui est avec moi me dit :

‘’- 3km technique, putain mais ici, ça peut prendre 1h ! ‘’

On repart daredare, et on entre vite dans ce secteur dangereux. Et c’est vrai que ça craint un peu… A un moment, il y a une main courante qui est installée, mais pas très longue. Moi qui suis pas hyper à l’aise avec le vide, je réfléchis pas, je regarde pas en bas et j’avance le plus vite possible. La progression ne sera pas très rapide, mais ça va encore, j’arrive à garder un bon rythme pour me sortir de ce passage assez rapidement.

On a ensuite une mini montée, et deux personnes nous indique la direction à prendre et nous disent qu’on a 200m+ sur 1.4km à prendre et on sera au refuge. Je jette un œil à l’heure qu’il est (une fois de plus, j’l’ai beaucoup regardé à ce moment-là) et je me dis que ça va être bon, j’suis large.

J’arrive au ravito du refuge du Pré du Mollard à 1h16 ! J’ai mis 2h35 pour faire ces fameux 10km. J’apprends de la chef de poste que la BH est à 2h15 et non 2h, j’ai donc 1h d’avance.

Oufffff, j’ai bien géré !

Je lui demande à quelle heure est celle de Villard-Bonnot, car c’est la suivante. J’ai 1300m négatif à descendre sur 12km. Elle me dit que la BH est à 4h15 en bas ! Putain… j’ai 3h !

Ni une ni deux, je repars et idem qu’avant, je speed car va pas falloir trainer pour la seconde fois ! Et je sais aussi que la descente va encore être une descente technique !

Là, ce qui m’inquiète, c’est comment va se comporter le genou ? Est-ce que ça va tenir ? C’est surtout sur les descentes que je le ressens, et il va falloir que j’envoie un peu si j’veux passer avant l’heure à Villard. Si je passe celle-ci, ça ira pour la suite, car après, j’ai 4h pour faire 6 de plat ! C’est assez incohérent ces barrières !

Dans la descente, je rattrape un gars qui marche tranquillou… Je lui explique le truc, il me regarde avec des grands yeux et se met à courir avec moi.

Je regarde très fréquemment la montre, c’est chaud ! Ça devrait passer mais c’est chaud !

A environ 3/4 de la descente, mon compagnon appelle sa femme qui l’attend en bas, elle va se renseigner vers le chef de poste qui lui dit que la barrière n’est pas à 4h15, mais à 6h45 !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Putain mais on est en train de se fracasser les quadris, les genoux, pour une mauvaise communication !!!!!!!!!!!!!!!!!!

L’organisation était top, les ravitos top, les bénévoles méga top, le balisage au poil, mais la communication sur les modifs et sur les barrières, là, y a à revoir et à améliorer… surtout sur ces 2 BH.

Malgré tout, je continue de trotter, j’’ai pas envie d’avoir une énième contradiction et une mauvaise surprise.

J’arriverai finalement à Villard-Bonnot à 4h, ça passait !

Et là, une nouvelle surprise, mais surprise agréable : Eva est là (ça, je le savais), mais pas seule ! Elle est accompagnée d’un couple de copains qui sont venus me voir, Phil et Sylvie. Des amis avec qui on partage rando, trail, vélo.

2 visites d’amis sur cette course, c’est vraiment la course des surprises.

Eva et Phil m’accompagnent pour les 6km entre Villard et St Nazaire les Eymes, la dernière base de vie, et surtout, mon entrée en Chartreuse, car je viens de finir le 3ème massif, Belledonne !

Là, je le sais, je vais finir ! Si… Si pas de casse, pas de problème technique, pas de genou en mousse, pas de tordage de cheville, pas de chute grave, je vais finir.

On part pour faire les fameux 6km de plat… Ce sera un long chemin de croix, le chemin le plus moche de la course, le plus désagréable, sans intérêt aucun, le long d’une zone industrielle, le long de l’autoroute… Sans intérêt.

Là, je ressens vraiment la fatigue, il est entre 4 et 5h du mat, j’suis en course depuis environ 37h. J’ai les paupières lourdes, les yeux qui se ferment, je titube sur le chemin, Eva me rattrapera par le bras à plusieurs reprises. Je sens qu’elle est un peu inquiète et insiste pour que je dorme à la base de vie. Il m’arrive aussi un truc que j’ai jamais eu, ni en course, ni dans la vie normale : j’ai des hallucinations !

J’en ai parlé plus haut, il parait que ça arrive, surtout sur la seconde nuit, et je confirme. J’ai déjà eu une alerte au lac Achard où j’ai cru voir un pélican ! Un pélican en Belledonne, c’est pas courant !

Là, sur ce chemin vers St Nazaire les Eymes, je vois un mur en plein milieu du chemin, un bon mur de 1m de haut, et je vois les 3 concurrents devant moi en train de l’enjamber. Mais y a personne devant moi ! Et encore moins un mur !

Là, mon ptit Laulau, je confirme, va falloir dormir… mais ce chemin est long, interminable, minable (sans inter), on en voit pas la fin. J’ai qu’une envie, c’est de me poser un peu. Heureusement qu’Eva et Phil sont là, car sinon, je me pose, et j’arrête là tellement ce chemin m’a gonflé. Là, j’ai pris un gros gros coup au moral.

J’arrive enfin à la base de vie, il y a une pièce pour dormir, je vais faire une tentative, minuterie sur 20mn, et finalement je me relève au bout de 10mn car j’arrive pas à dormir, il y a trop de bruit, c’est une pièce où il y a aussi les kinés, et beaucoup de va et vient.

Je vais donc manger et boire, remplir les flasques (encore, oui, je sais, je bois beaucoup en course). Un bol de soupe de vermicelles insipides, et je décide de repartir, j’ai perdu assez de temps. Ma montre m’indique 155km, je sais même pas combien j’ai à faire en Chartreuse, je sais que l’on nous a coupé le sommet de Chamechaude, mais je sais pas ce qu’il reste après ça. 30 ? 40 ?

Je demande donc à la personne qui me badge à la sortie, et il m’annonce qu’il nous reste ici 35km. Une nouvelle fois, bref calcul… Heuuuuuuuuu ça veut dire que l’on va faire 180 ça ??? Il me dit qu’il sait pas, il sait juste que j’ai 35 à faire.

Bon, de toute façon, maintenant que je suis là, pied de la chartreuse, j’m’en fous, je me dis que je vais finir !

Je quitte mes accompagnateurs, il y a beaucoup de monde dehors, y en a plusieurs qui me disent ‘’Bravo, génial ce que tu fais’’… C’est les concurrents du 160 Challenge, ils font la même course que moi sur 4 jours, 1 massif par jour. Et leur dernière étape va pas tarder de partir.

Au bout de 10mn, je décide de me poser pour dormir dans un pré, je serai au calme. Je règle mon réveil sur 11m, et je m’endors. Quand je rouvre les yeux, il reste 40 secondes ! Je me lève, remet le sac à dos et c’est parti pour la dernière grosse bosse en direction du Habert de Chamechaude. J’ai pas du tout potassé ma feuille de route, je sais même pas ce que j’ai à grimper. J’imagine 1000m+, mais sans certitude. J’ai demandé à Phil en le quittant, lui qui connait tous les coins de montagne me répond ‘’Oh oui, au moins’’.

Ça y est, ça se redresse devant moi, je suis devant la dernière grosse bute de la course, je repense à ce que j’ai fait depuis vendredi 16h, les 3 autres massifs, je repense à ma prépa, aux nombreuses sorties montagnes, à mon échec ici en 2015, à mon abandon sur l’UTMB en 2019, et je me dis, que cette fois, c’est la bonne ! Mes yeux commencent à me piquer, je sens l’émotion arriver, quelques larmes me montent aux yeux, ma respiration se saccade… Mon Laulau, c’est pas le moment de craquer, faut rester fort et concentré, y a encore du taf et faut pas lâcher maintenant.  

J’entends du bruit derrière moi, je me retourne et je vois 2 gars qui arrivent, lancés comme des machines, ils envoient comme des cochons ! Le 1er n’a pas de bâton, il est plié en deux et appuie avec ses mains sur ses quadris pour avoir plus de puissance, tandis que le second, lui, pousse comme un sauvage sur ses bras et ses bâtons pour donner une impulsion à chaque pas ! C’est les 1ers du Challenge !

Je vois pas souvent les 1ers d’une course, même jamais, je vais pas assez vite, moi, et là, je les vois passer à vitesse grand V, ils me décoiffent au passage !

Le 3ème arrive, puis le suivant, un ptit groupe les suit…Punaise, mais je percute : Je vais me faire doubler par combien de personnes là ? Le problème, c’est pas de me faire doubler, ça, j’m’en fous et c’est normal, ils ont le même nombre de km que moi, sauf qu’ils ont dormi, eux, donc c’est logique qu’ils me doublent. Non non, le truc, c’est que le chemin où je suis est un monotrace, et qu’il va falloir que je me pousse à chaque fois ! Et j’me dis qu’ça va être galère et que je vais perdre du temps.

Mon dossard est accroché à ma ceinture, il est dans mon dos. Dessus, il y a bien sûr mon numéro, mais aussi mon prénom et la course à laquelle je participe (y a un logo 160 XTREM). En voyant ça, quasiment tous ceux qui me doublent me disent :

‘’-Bravo Laurent, t’es au top !

-Super, Laurent, ce que tu fais !             

-Ben Laurent, tu montes encore super bien !

-Bravo bravo à toi ! ‘’

Je n’ai jamais autant reçu de compliments de ma vie ! Tout du long de la montée (et elle était longue), j’ai été encouragé par ceux qui me doublaient, car après ceux qui sont sur le 160 Challenge, il y a la course 40 Chartreuse qui est partie ! Et une bonne partie m’a aussi doublé (pas tous, hein, j’avance aussi, moi)

Finalement, c’était top que ces courses partent juste après mon départ de St Nazaire, car j’essayais de les coller et j’avançais plus vite, et les encouragements m’ont beaucoup aidé.

Cette montée est longue, j’en vois pas le bout, je regarde au-dessus de moi pour voir si la clarté apparait au sortir des arbres, mais non toujours pas, je reste dans la forêt.

Je vois des tentes de l’orga au milieu du chemin, c’est le ravito. Initialement prévu au Habert de Chamechaude, il ne pourra se tenir là-bas et a été avancé de quelques kms. Ce ravito est très particulier, il est réputé très festif et a le surnom de Pastèque Chartreuse. Pourquoi me dites-vous ? Ben parce qu’ils servent de la pastèque et de la Chartreuse.

Et d’ailleurs on m’en propose ! Sachant qu’on a quasi fini les montées, que je vais pas monter en haut de Chamechaude, j’me lâche et j’dis ok, j’vais m’faire un coup de Chartreuse ! J’espère simplement que je fais pas une connerie, que ça sera pas préjudiciable à la suite de mon aventure ! Le gars à côté de moi est surpris, il me dit :

‘’- tu oses, toi ? Moi, j’ai pas osé, j’ai peur que ça me coupe les jambes’’

Le bénévole qui nous sert lui dit qu’il nous met qu’un demi-bouchon et que ça fait vraiment pas beaucoup ! Donc il craque et en prend un peu aussi !

Ça fait bizarre de boire de l’alcool sur une course, en plus de la Chartreuse, c’est fort, ça me chatouille la gorge de suite ! Moi qui n’ai bu que du coca ou jus de fruit au ravito, et un fond de coca mélangé à de l’eau dans mes flasques, ça fait bizarre.

Je repars avec ce concurrent qui s’appelle Stéphane (décidément) et un Raphaël, c’est un Belge. On va rester un bon moment comme ça, tous les 3, 3 Xtrem au milieu des Challenge. On voit plus beaucoup de dossard comme les nôtres maintenant, et on apprendra plus tard que la course a été neutralisée à la croix de Chamrousse un peu après que j’y sois passé pour condition météo dangereuse une fois la nuit arrivée ! Punaise, je l’ai échappé belle !

On passe vers ce fameux Habert, le chemin continue, y a beaucoup de monde et ceux des autres courses vont vite, on se fait beaucoup doubler, mais l’ambiance est super, on est toujours énormément encouragé et c’est gratifiant !

Dans une descente, je vois Eva avec sa doudoune rouge ! Et… Et ben non, y a personne et y a rien de rouge à cet endroit-là ! Encore une hallucination ! Truc de fou ça !

J’ai vu une carapace de tortue aussi à un moment, mais c’était un rocher !

Je vais arriver au ravito du Sappey, l’avant dernier… ça sent bon. Je retrouve vraiment Eva cette fois, la voir ici à moins de 20km de l’arrivée… la fatigue, l’émotion, le plaisir… mes yeux piquent et je ne peux retenir les larmes cette fois ! Je craque un peu !

Je me ravitaille sans trainer et je repars, je suis très large avec les BH maintenant, mais je veux pas trainer. Il est dimanche, 12h30, et je suis en course depuis 44h15. Je m’étais dit que 45h pour boucler l’histoire, ce serait pas mal, mais l’objectif principal étant de finir ! Pour les 45h, c’est mort ! (Mais j’ai aussi plus de km que prévu)

400m+ à grimper et 600m- à descendre, le tout en 8km, et je serais au Col de Vence, Dernier ravito. Sur ces 8km, je passerai au fort St Eynard, je le verrai pas bien, mais ce que je vois bien d’ici, c’est Grenoble ! C’est juste en dessous ! Putain ça va le faire ! Je vais finir ! Il me reste quasi que de la descente, va falloir être attentif et faire gaffe aux chevilles !

Dans la descente pour aller vers le col, je tombe sur David qui vient à ma rencontre ! Punaise que ça fait du bien de te voir, toi ! Il continue avec moi, est surpris par ma forme et mon allure. Il est venu sa femme, Mag et leurs filles. Je me retrouve avec 4 personnes qui m’accompagnent jusqu’au ravito du col, où m’attend Eva, pour la dernière fois de la journée.

J’ai envie qu’elle vienne avec moi pour finir, et elle me le propose avant que je lui dise !

Donc oui… Bien sûr que je veux que tu viennes avec moi ! Ca fait 46h que tu me suis, 46h que tu batailles avec le site internet pour savoir à quelle heure je vais passer à tel ou tel endroit, 46h que tu conduis un van sur des étroites routes de montagnes, 46h et tu as quasi pas dormi pour me voir en pleine nuit sur un ravito où je vais m’arrêter 10mn, tu as flippé quand le suivi plantait au niveau horaire, flippé quand tu te demandais où et si j’étais passé au niveau du Habert, tu as subi les mauvaises conditions sur le Vercors, où je t’ai retrouvé complètement congelée à Lans en Vercors, tu as fait quelques km avec moi, dans la boue, dans les chemins transformés en torrent, tu as supporté tous mes mois de prépa et mes absences, tu as fait en sorte que je sois au point pour cette course… Alors oui, je veux que tu viennes avec moi pour les 12 derniers km en direction de cette ligne tant désirée !

On attaque une montée longue mais pas raide, et ensuite, c’est la descente sur Grenoble.

Cette descente sera interminable. J’ai plus les cuissots pour supporter les chocs, les genoux ont tenu mais ils me rappellent à l’ordre dès ça descend. Au bout d’un moment, j’en ai marre et j’ai envie d’en finir. 2 fils ont dû se toucher dans mon cerveau car je me mets à courir, tant pis pour les genoux (je sais que maintenant j’irais au bout), Eva est sidérée que j’arrive encore à courir alors que j’ai environ 180km dans les jambes. Parfois je m’arrête et marche 50m et je repars, parfois même j’accélère ! J’ai envie que ça finisse !

UT4M XTREM 2021

On arrive à la Bastille, il reste 5km ! Grenoble est là, juste dessous ! Il doit me rester 300m- à descendre, ils tapent dans les jambes mais c’est pas grave. On est proche de la ville, il y a du monde et ceux qui reconnaissent le dossard de l’Xtrem m’applaudisse, m’encourage. J’ai quelques montées d’émotion, mais ça va, j’arrive à gérer.

On passe la passerelle qui enjambe l’Isère, et on rentre dans les rues piétonnes de Grenoble ! Putain que c’est bon d’être là !

Le parcours nous fait faire environ 2km de rue piétonne, là aussi, y a du monde qui m’applaudit et qui m’encourage, qui m’acclame. Je profite des ces dernières minutes en course, je viens de passer les 180km et j’ai battu tout mes ‘’records’’ sur cette course. Record de temps, distance, dénivelé… et je sais que je suis pas prêt de battre ces nouveaux records.

Des ptits escaliers sont là, à quelques encablures de la ligne, je me rate et trébuche, je me rattrape comme je peux et je repars. 

Eva ne peut pas rentrer sur le site d’arrivée avec moi, cause Covid (vous savez, le virus). L’aire d’arrivée est réservée aux coureurs, les accompagnants n’ont pas le droit d’y pénétré. David est là avec sa ptite famille, ils m’acclament et me prennent en photo.

Je passe enfin cette ligne ! 6 ans après ma 1ère tentative, et après 2 essais sur cette distance, je termine donc mon 1er 100 miles ! Mon 1er 160 !

UT4M XTREM 2021

Il est 16h43 en ce dimanche après-midi, je suis parti vendredi aux alentours de 16h, et ma course a duré 48h35 !

J’aurais parcouru 183km au lieu des 172 annoncés, et grimpé le dénivelé positif de 11600m.

2 jours et 2 nuits à marchourir, à gérer les barrières, à affronter les éléments, la fatigue, le sommeil. J’aurai fait un dernier dodo de 3mn dans la dernière montée, ce qui porte à 18mn environ mon sommeil pendant la course !

Mon classement, 150ème sur 171, indique bien que je suis pas allé très vite. Par contre, nous sommes 171 à finir sur 576 inscrits, et là, j'me dis que c'est pas rien ce que j'ai fait ! 

Je suis dans l’aire d’arrivée, David est de l’autre côté du grillage, il me fait voir que ma mère est là, et que Fred aussi est venu ! J’étais sûr que tu viendrais, mon ami, malgré ton opération et tes béquilles, j’en étais sûr.
Je vois pas Eva… je récupère une bouteille d’eau, je vais chercher mon lot finisher et je sors de cette aire. C’est vraiment pas le moment où j’ai envie d’être seul, j’ai envie d’être avec ma chérie, et ceux qui sont venus m’accueillir à l’arrivée. Je fais un gros gros bisou à Eva, et lui dit un gros merci car sans elle, je sais pas si j’aurais fini. Son soutien était vraiment énorme et là retrouver sur le parcours m’a énormément aidé.

Que ça fait du bien de voir du monde à l’arrivée. On discute, mais debout, j’en peux plus, mes jambes ont dû mal à me soutenir. Je me pose par terre et David me dit que je vais une connerie, je sais qu’il a raison mais je peux plus rester debout !

On décide de rejoindre la voiture, je fais 50m et je comprends que de faire les 1.5km qui me sépare du parking risque d’être très compliqué ! Mes muscles se sont refroidis et refusent de se remettre en route.

Eva va donc chercher le van pendant que je l’attendrai sur une ptite place.

Et c’est le retour à la maison !

Je repense à ce que je viens de réaliser ! C’est énorme !

Quand je suis reparti du col de Vence, j’ai dit à Eva que depuis le début, que depuis la fin de ma prépa, je savais que je terminerai (sauf blessure évidement), je ne l’avais dit à personne, mais je savais que j’irai au bout. Ma prépa a été complète, bien gérée, et je me sentais vraiment prêt. Je savais que j’irai au bout.

Vous avez vu ? J’ai pas parlé de larmes là non plus ! Comme dans l’aire de départ, je n’ai pas versé de larmes dans l’aire d’arrivée ! Sans doute trop fatigué !

En arrivant à la maison, il y a une banderole sur le portail, banderole à l’effigie de mon aventure, un gros Bravo Laulau UT4M 2021 ! Une banderole qui a été fixé ici par ma famille pour me féliciter.

J’irai me coucher le soir vers 22h, c’est-à-dire que sur ces dernières 63h, j’aurais dormi 18mn à la louche !

Pour info, l’année de mes 50 ans, j’avais dit que je ferai un triathlon Ironman, le Covid a bouleversé le truc, et difficile de nager avec les piscines fermées. Ce sera donc pour une autre année, mais, en tout cas, le défi de 2021 était pas mal à relever et je dois admettre que je l’ai atteint avec succès !

Cet Ultra était ma 34ème course de plus de 42km, et j’ai passé pour la 9ème fois les 100km en course.

Voilà la fin de ce résumé (je sais, résumé pour un truc de 30 pages, c’est pas vraiment un résumé), j’ai pris énormément de plaisir à l’écrire et à essayer de retranscrire mes émotions et ma balade, balade dans laquelle j’ai passé des moments difficiles, des moments de doutes, mais aussi de très bons moments, de belles rencontres humaines, une belle rencontre avec moi-même et une approche de mes limites, de très bons moments de partage avec mes compagnons de route.

Je tiens à remercier tous les copains du SRT qui m’ont encouragé, soutenu, et ont participé à mes sorties.

Je tiens à remercier vous tous qui avez suivi ma course, qui avez dit à Eva de m’encourager, que vous étiez avec moi, derrière moi, que vous pensiez à moi. Vous qui regardiez votre écran super souvent pour voir si le ptit Laulau avançait toujours, vous qui sautiez sur votre téléphone dès le réveil pour voir où j’en étais. Ça fait chaud au cœur de se sentir soutenu sur une telle épreuve.

Je tiens très particulièrement à remercier ceux qui sont venus me voir sur le parcours ou à l’arrivée, Carole et Hervé, Syl et Phil, ma mère, Mag, Dav et leurs 3 filles, et Fred.

Je tiens à remercier aussi David d’avoir récupéré la boulette qui m’aurait sans doute couté ma course s’il m’avait pas amené mes bâtons bêtement oubliés.

Je tiens à remercier aussi les bénévoles de cette course, ils ont été au ptit soin pour les concurrents pendant 4 jours, et là aussi, j’ai fait de belles rencontres.

Et pour terminer, je tiens à te remercier toi, Eva, ma chérie, pour tout le soutien et la compréhension que tu m’as apportés durant la prépa, tout le soutien et le suivi de la course, le temps passé, les éléments affrontés. J’ai une chance énorme que tu aies fait ce suivi, car comme je l’ai déjà dit, je ne sais pas si la course se serait déroulée de la même manière si tu n’avais pas été là. Ton soutien et ta présence m’ont fait avancer, grimper ces montagnes, passer cette ligne avec réussite.

Merci

UT4M XTREM 2021
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